En quoi l’économie collaborative est-elle pertinente pour répondre aux enjeux humanitaires ?

about4Les démarches collaboratives sont d’abord construites sur du lien entre les personnes. En ce sens, elles renforcent la résilience des populations. Elles sont aussi basées sur l’initiative personnelle pour répondre aux besoins non couverts (exemple de la mise à disposition ou de la location d’équipements) et permettent la construction de réponses originales. Elles ne nécessitent pas toujours des financements importants, en raison de leur caractère circulaire (recyclage, circulation à l’intérieur des communautés), par opposition avec les approches traditionnelles d’allocation ou d’assistance. Elles peuvent mettre permettre de générer des revenus, même si elles ne garantissent pas de répartition équitable. Elles sont donc plus durables, ouvrant vers un changement de pratiques, loin des réponses d’urgence. Enfin, elles ne stigmatisent pas les populations concernées (je préfère ce terme au mot bénéficiaires), puisqu’elles font directement partie de la démarche, en tant que contributeur (voir notamment la démarche http://singa.fr).

NB : La présente section est inspirée de l’article de Flore Berlingen dans la revue Humanitaire n°41, pp. 46 à 50, Défense et illustration de l’économie collaborative

Des “communs” et de l’humanitaire

Lors d’une rencontre avec Michel Bauwens (fondateur de la P2P foundation, et auteur de nombreux livres et articles, spécialiste des communs), il m’a recommandé d’abandonner ce qu’on m’a enseigné, en termes d’organisations et de processus, et de penser en termes de communs. En effet, contrairement aux flux de biens, de services ou d’argent, les approches collaboratives sont basées autour des communs, qu’ils soient communs de la connaissance (comme Wikipedia), ou ressources communes.

Toutefois, c’est encore un challenge d’identifier quels communs pourraient être pertinents dans les actions humanitaires.

Il est clair que le savoir est essentiel dans biens des cas, qu’il s’agisse de la culture des légumes (comme dans l’exemple donné par Doug Reeler dans HORIZONTAL LEARNING Engaging freedom’s possibilities, 18 pages, 2005), ou de la manière d’aider des prostituées qui veulent se réinsérer (article encore à publier), ou de la manière de faire changer les mentalités en utilisant des représentations théâtrales en Egypte (voir http://www.la-croix.com/Archives/2015-01-27/En-Egypte-le-theatre-contre-les-prejuges-2015-01-27-1273622 ).

Les ressources logistiques semblent également un bon candidat pour la mise en commun, bien qu’elles soient, de mon point de vue, trop liées à l’action humanitaire traditionnelle, de livraison de biens et de services, sans impliquer les populations locales.

Les communs dans l’humanitaire demeurent un champ d’investigation, en impliquant des acteurs locaux, pour éviter un biais occidental. A suivre…

Des organisations auto-gouvernées

Dans son livre Reinventing organizations – Vers des communautés de travail inspires, Version française: Editions Diateino 2015, Frédéric Laloux décrit des organisations auto-gouvernées, capables de s’adapter d’elles-mêmes aux changements d’environnement. Des organisations évolutives.

Cela semble un bon modèle pour des organisations collaboratives. L’absence de hiérarchie, le focus sur le projet plutôt que sur le profit, sont des atouts pour une approche collaborative. De plus, la participation des clients ou des fournisseurs chez quelques une de ces organisations guidées par leur conscience propre jette les bases d’une collaboration plus large.

Ceci montre bien que dans les organisations collaboratives, le projet est premier, et la structure ne vient qu’ensuite. En matière de processus, celui que Frédéric Laloux décrit comme essentiel est la « recherche d’avis », dans lequel chacun peut prendre toute décision, du moment qu’il a consulté ceux qui étaient concernés par cette décision. Il n’y a pas réellement de marketing, de contrôle, de processus stratégique. Tout est guidé par le projet et la conscience.

Ces organisations sont basées sur des équipes, d’habitude auto-gouvernées. Il semble que cela permette à ces organisations de s’adapter rapidement, et les rende résistantes aux crises.

Toutefois, à ce stade de ma réflexion, je ne vois pas encore s’il y a un lien entre l’approche des « communs » et ces organisations auto-gouvernées. S’agit-il de deux concepts séparés, ou est-il possible de les unifier dans une nouvelle approche… ?

Social et horizontalité

Le XXIe siècle est le siècle de la collaboration horizontale. Finies les hiérarchies, finies les productions centralisées, vivent les collaborations entre pairs.

Le monde est profondément transformé par l’économie du partage. Le programme Entourage apporte cette approche collaborative à l’action sociale en permettant aux citoyens d’agir à leur niveau, en complément  des professionnels.

Mon travail actuel vise à identifier comment les approches collaboratives transforment l’action humanitaire et sociale. Ces approches collaboratives, horizontales, sont celles qui se passent entre individus, en impliquant les bénéficiaires. A ce stade, je n’ai identifié que très peu d’applications collaboratives dans ce domaine que je pratique depuis quinze ans, d’abord à la tête de la Croix-Rouge, puis à Médecins du Monde. Les exemples de mobilisation horizontale se comptent sur les doigts d’une main.

Et Entourage, mobilisant des communautés de citoyens pour s’épauler, dans le but de venir en relation avec les gens des rues, est véritablement novateur. Seul, on se sent démuni. A plusieurs, des solutions peuvent émerger. Etre soutenu par un entourage d’amis lors d’un processus de réinsertion ou de sortie de rue peut se révéler très précieux et complémentaires au travail social.

Le monde change. Les générations Y (25-35 ans) et bientôt Z, ne fonctionnent plus comme les précédentes. Elles aspirent à l’action décentralisée, à la mise en relation, à la recherche de sens. Ce sont ces tendances profondes, que la technologie a rendu possibles, qui transforment la manière dont nous vivons et travaillons. Avec un mot d’ordre : ENSEMBLE.